
Qui est barbare ?
Introduction :
Roter à la fin d’un repas est le signe, dans certaines cultures, qu’on l’a apprécié ; cependant, si on n’a pas le « décodeur » c’est plutôt le signe de la plus grande des grossièretés. Le décalage culturel est tel qu’on a vite fait de taxer de « barbare » celui dont les mœurs, excentriques et condamnables, ne correspondent pas aux nôtres. Or, si barbare signifie originairement ce qui m’est étranger, ne sommes nous pas tous des barbares, étrangers les uns aux autres ? Auquel cas se pose le problème suivant : peut-on comprendre et accepter les mœurs d’une culture qui n’est pas la nôtre ?
Cependant, suffit-il d’être étranger pour être barbare ? Le sens du mot s’est agrandi puisqu’il désigne aussi celui dont le comportement est cruel, violent. Le barbare serait celui qui n’aurait pas appris à domestiquer son agressivité. Or, si comme l’affirme Hobbes « l’homme est un loup pour l’homme », ne sommes-nous pas tous alors des barbares ? La question se renverse alors : qui peut bien n’être pas barbare ? Ce concept a-t-il encore du sens ?
L’examen progressif des deux sens de « barbare » (l’étranger et le cruel) permettra d’exposer dans un premier les problèmes liés à l’ethnocentrisme, puis dans un second l’enjeu des rapports violence/droit dans la construction d’une culture.
I- « barbare », concept ethnocentrique
1) Le concept repoussoir
Chaque culture se construit selon un modèle qu’elle valorise (par exemple chez les Spartes l’endurance, la résistance aux douleurs était La valeur discriminatoire). Or grande est la tentation pour se valoriser davantage de dévaloriser la culture voisine (il faut que l’autre ait tort pour que j’ai raison). Souligner les défauts d’autrui permet de souligner mes qualités ; Les différences deviennent vite des étrangetés, puis des vices, puis des signes d’infériorité et finalement de non-humanité. Devenant le modèle de civilisation absolue une culture rejette hors du champ de l’humanité, ou à sa frontière, les autres cultures. Ce réflexe ethnocentriste (ne juger des autres cultures qu’à travers le prisme, supérieur évidemment, de la nôtre) a légitimé l’esclavage puis le colonialisme (apporter notre lumière aux peuples sous-éclairés, en retard ou dans l’obscurité complète).
Le barbare est le non raffiné, le grossier, le brut, quand ce n’est pas la brute. « Barbare » est un concept révélateur des exigences morales propres à chaque culture. Cela concerne bien sûr les mœurs mais aussi et surtout le degré d’humanité que se propose d’atteindre une culture, la définition même d « humain ». Le barbare est le repoussoir, l’antonyme de l’humain : tout ce qu’il nous faut rejeter pour accéder au titre d’humain.
2) Origines : texte de Lévi-Strauss : cf manuel p.78
3) « Le barbare est celui qui croit à la barbarie » (lévi-Strauss)
Qu’un peuple pense être doté d’une intelligence supérieure et qu’il s’en vante pour justifier une domination naturelle sont deux illusions qui courbe très vite l’intelligence vers la bêtise et la cruauté. La bêtise, parce c’est ignorer d’autres formes évoluées de l’esprit humain, c’est penser de façon obtuse qu’il n’y a que la réflexion rationnelle fabricatrice d’outils qui soit signe d’intelligence ce qui nous ferme à la compréhension profonde d’autrui (par exemple en jugeant de suite comme barbare l’anthropophagie on ne perçoit pas la dimension magique qui peut en être à l’origine : appropriation des forces du mangé et conservation-commémoration de son âme). La cruauté, parce se croire supérieur pose immédiatement l’autre comme inférieur, ce qui engendre du mépris, de la haine ou, pire, de l’indifférence : on peut alors le traiter comme un objet sans aucun état d’âme. Les monstruosités nazies en témoignent bien. Ainsi, croire qu’il y ait des comportements barbares, inférieurs, nous place d’emblée au rang de barbare potentiel.
Transition :
Le barbare n’est-il que le reflet de mes préjugés ? N’est-ce qu’une illusion due à mon ignorance ? S’ouvrir au relativisme culturel revient à dire que personne n’est barbare ou, c’est la même chose, qu’on est tous le barbare d’un autre. Bref le mot devient vide de sens. Or, n’est-ce pas une nouvelle illusion, de la raison cette fois, que d’accepter toutes les pratiques différentes (tout le monde fait comme il veut) comme bonnes au nom de la tolérance ? N’y a t-il pas des actions monstrueuses, des violences inadmissibles malgré toute notre bonne volonté morale ? Le barbare ne serait-il pas celui qui fermerait ses yeux sur la barbarie ?
II- Violence et droit
1) L’homme est naturellement violent ; cf texte de Freud
2) Le droit du plus fort :cf texte de Rousseau : cf manuel p.390
3) La barbarie, l’exclusion du droit
Le barbare, au sens de cruel, est celui qui se laisse dominer par ses instincts agressifs, qui s’enferme dans la spirale de la violence; il est celui qui ne sachant s’ouvrir à l’autre ne s’ouvre pas à son propre potentiel moral. Autrui n’étant considéré que comme une proie ou un obstacle, un objet et non pas un humain, la relation d’échanges alors ne peut avoir lieu. Or c’est l’échange qui féconde l’humain, lui permet de se développer. Le barbare est condamné à rester barbare. .
La violence exclut le droit. Le barbare bafoue les droits d’autrui ; il ne le reconnaît pas comme sujet de droit. Là où est la violence n’existe pas le droit. Là où est le droit la violence n’est plus ; en effet le droit vise à réguler, pacifier les relations humaines, dans un souci de justice, là où n’existaient que les rapports de force. Le droit promeut la vision d’un monde où les hommes sont des personnes, des individus ayant une dignité particulière avec des droits inaliénables, capables de vivre ensemble de façon raisonnable dans l’intérêt commun et particulier avec le projet de grandir, se développer ensemble. Le barbare ne connaît que le droit du plus fort, c’est-à-dire du non-droit. Il sape le projet communautaire à la base. Là où le droit inclut la barbarie exclut ; là où résonne l’universel par le droit ne vaut que la force individuelle pour le barbare.
La présence de la barbarie est le signe de l’échec du droit et de ce qu’une culture peut bâtir de plus beau. Ainsi le barbare est la face cachée d’une culture : celle de ses limites, de son impuissance, de son échec. Cependant, la victoire ultime de la barbarie serait, face à ce constat, de renoncer à créer de l’humain. La culture, comme l’individu, n’est pas parfaite mais perfectible ; elle se doit de réagir comme elle le fit au sortir de la deuxième guerre mondiale quand face à l’énormité de la barbarie nazie elle inventa le concept de crime contre l’humanité, un concept du droit à, la mesure d’un nouveau visage du barbare.
Conclusion :
Reconnaître le relativisme culturel, ouvrir nos œillères ethnocentriques, admettre la valeur intrinsèques de toutes les cultures, aussi différentes soient-elles, est-ce renoncer à l’idée de pouvoir fonder une civilisation sur des valeurs universelles ? On répondra qu’une culture capable d’une telle remise en question apparaît déjà comme civilisée, par opposition à une culture barbare cherchant à supprimer, dominer, opprimer les autres. Celle qui admet et valorise les droits et la liberté de l’individu, celle qui combat la barbarie donc, est porteuse de ce qu’un homme civilisé peut devenir, toutes cultures confondues.
Introduction :
Roter à la fin d’un repas est le signe, dans certaines cultures, qu’on l’a apprécié ; cependant, si on n’a pas le « décodeur » c’est plutôt le signe de la plus grande des grossièretés. Le décalage culturel est tel qu’on a vite fait de taxer de « barbare » celui dont les mœurs, excentriques et condamnables, ne correspondent pas aux nôtres. Or, si barbare signifie originairement ce qui m’est étranger, ne sommes nous pas tous des barbares, étrangers les uns aux autres ? Auquel cas se pose le problème suivant : peut-on comprendre et accepter les mœurs d’une culture qui n’est pas la nôtre ?
Cependant, suffit-il d’être étranger pour être barbare ? Le sens du mot s’est agrandi puisqu’il désigne aussi celui dont le comportement est cruel, violent. Le barbare serait celui qui n’aurait pas appris à domestiquer son agressivité. Or, si comme l’affirme Hobbes « l’homme est un loup pour l’homme », ne sommes-nous pas tous alors des barbares ? La question se renverse alors : qui peut bien n’être pas barbare ? Ce concept a-t-il encore du sens ?
L’examen progressif des deux sens de « barbare » (l’étranger et le cruel) permettra d’exposer dans un premier les problèmes liés à l’ethnocentrisme, puis dans un second l’enjeu des rapports violence/droit dans la construction d’une culture.
I- « barbare », concept ethnocentrique
1) Le concept repoussoir
Chaque culture se construit selon un modèle qu’elle valorise (par exemple chez les Spartes l’endurance, la résistance aux douleurs était La valeur discriminatoire). Or grande est la tentation pour se valoriser davantage de dévaloriser la culture voisine (il faut que l’autre ait tort pour que j’ai raison). Souligner les défauts d’autrui permet de souligner mes qualités ; Les différences deviennent vite des étrangetés, puis des vices, puis des signes d’infériorité et finalement de non-humanité. Devenant le modèle de civilisation absolue une culture rejette hors du champ de l’humanité, ou à sa frontière, les autres cultures. Ce réflexe ethnocentriste (ne juger des autres cultures qu’à travers le prisme, supérieur évidemment, de la nôtre) a légitimé l’esclavage puis le colonialisme (apporter notre lumière aux peuples sous-éclairés, en retard ou dans l’obscurité complète).
Le barbare est le non raffiné, le grossier, le brut, quand ce n’est pas la brute. « Barbare » est un concept révélateur des exigences morales propres à chaque culture. Cela concerne bien sûr les mœurs mais aussi et surtout le degré d’humanité que se propose d’atteindre une culture, la définition même d « humain ». Le barbare est le repoussoir, l’antonyme de l’humain : tout ce qu’il nous faut rejeter pour accéder au titre d’humain.
2) Origines : texte de Lévi-Strauss : cf manuel p.78
3) « Le barbare est celui qui croit à la barbarie » (lévi-Strauss)
Qu’un peuple pense être doté d’une intelligence supérieure et qu’il s’en vante pour justifier une domination naturelle sont deux illusions qui courbe très vite l’intelligence vers la bêtise et la cruauté. La bêtise, parce c’est ignorer d’autres formes évoluées de l’esprit humain, c’est penser de façon obtuse qu’il n’y a que la réflexion rationnelle fabricatrice d’outils qui soit signe d’intelligence ce qui nous ferme à la compréhension profonde d’autrui (par exemple en jugeant de suite comme barbare l’anthropophagie on ne perçoit pas la dimension magique qui peut en être à l’origine : appropriation des forces du mangé et conservation-commémoration de son âme). La cruauté, parce se croire supérieur pose immédiatement l’autre comme inférieur, ce qui engendre du mépris, de la haine ou, pire, de l’indifférence : on peut alors le traiter comme un objet sans aucun état d’âme. Les monstruosités nazies en témoignent bien. Ainsi, croire qu’il y ait des comportements barbares, inférieurs, nous place d’emblée au rang de barbare potentiel.
Transition :
Le barbare n’est-il que le reflet de mes préjugés ? N’est-ce qu’une illusion due à mon ignorance ? S’ouvrir au relativisme culturel revient à dire que personne n’est barbare ou, c’est la même chose, qu’on est tous le barbare d’un autre. Bref le mot devient vide de sens. Or, n’est-ce pas une nouvelle illusion, de la raison cette fois, que d’accepter toutes les pratiques différentes (tout le monde fait comme il veut) comme bonnes au nom de la tolérance ? N’y a t-il pas des actions monstrueuses, des violences inadmissibles malgré toute notre bonne volonté morale ? Le barbare ne serait-il pas celui qui fermerait ses yeux sur la barbarie ?
II- Violence et droit
1) L’homme est naturellement violent ; cf texte de Freud
2) Le droit du plus fort :cf texte de Rousseau : cf manuel p.390
3) La barbarie, l’exclusion du droit
Le barbare, au sens de cruel, est celui qui se laisse dominer par ses instincts agressifs, qui s’enferme dans la spirale de la violence; il est celui qui ne sachant s’ouvrir à l’autre ne s’ouvre pas à son propre potentiel moral. Autrui n’étant considéré que comme une proie ou un obstacle, un objet et non pas un humain, la relation d’échanges alors ne peut avoir lieu. Or c’est l’échange qui féconde l’humain, lui permet de se développer. Le barbare est condamné à rester barbare. .
La violence exclut le droit. Le barbare bafoue les droits d’autrui ; il ne le reconnaît pas comme sujet de droit. Là où est la violence n’existe pas le droit. Là où est le droit la violence n’est plus ; en effet le droit vise à réguler, pacifier les relations humaines, dans un souci de justice, là où n’existaient que les rapports de force. Le droit promeut la vision d’un monde où les hommes sont des personnes, des individus ayant une dignité particulière avec des droits inaliénables, capables de vivre ensemble de façon raisonnable dans l’intérêt commun et particulier avec le projet de grandir, se développer ensemble. Le barbare ne connaît que le droit du plus fort, c’est-à-dire du non-droit. Il sape le projet communautaire à la base. Là où le droit inclut la barbarie exclut ; là où résonne l’universel par le droit ne vaut que la force individuelle pour le barbare.
La présence de la barbarie est le signe de l’échec du droit et de ce qu’une culture peut bâtir de plus beau. Ainsi le barbare est la face cachée d’une culture : celle de ses limites, de son impuissance, de son échec. Cependant, la victoire ultime de la barbarie serait, face à ce constat, de renoncer à créer de l’humain. La culture, comme l’individu, n’est pas parfaite mais perfectible ; elle se doit de réagir comme elle le fit au sortir de la deuxième guerre mondiale quand face à l’énormité de la barbarie nazie elle inventa le concept de crime contre l’humanité, un concept du droit à, la mesure d’un nouveau visage du barbare.
Conclusion :
Reconnaître le relativisme culturel, ouvrir nos œillères ethnocentriques, admettre la valeur intrinsèques de toutes les cultures, aussi différentes soient-elles, est-ce renoncer à l’idée de pouvoir fonder une civilisation sur des valeurs universelles ? On répondra qu’une culture capable d’une telle remise en question apparaît déjà comme civilisée, par opposition à une culture barbare cherchant à supprimer, dominer, opprimer les autres. Celle qui admet et valorise les droits et la liberté de l’individu, celle qui combat la barbarie donc, est porteuse de ce qu’un homme civilisé peut devenir, toutes cultures confondues.